Editorial

 
   
   
 



 
   
   
     
   
     
   
     
   
   
   
     
   
     
   
     
   
     
   
     
   
   
   
     
   
     
   
   
   
     
   
   
     
   
   
   
     
   
   
     
   
   
   
     
   
   
     
 
 

Mes pensées et mes vœux

En ce début du mois de décembre, on cherche en vain les grands évènements positifs qui nous permettraient d’espérer une bonne fin d’année 2006 pour la France ou pour une des causes qui nous sont chères dans le monde.

Au delà même des dizaines de conflits locaux qui l’ensanglantent du Caucase au Darfour, de l’Afghanistan à la Colombie, c’est l’éventualité de conflits gigantesques qui se profile de la Corée à l’Iran.

Dans ce contexte, il faudrait une France forte, unie, homogène, dirigée d’une main sûre où les forces politiques qui nous gouvernent ne seraient pas les instruments de lobbies connus ou moins connus, idéologiques ou affairistes mais toujours hostiles aux principes fondateurs de notre identité nationale.

La France ne cesse de s’affaiblir moralement, donc politiquement, socialement, économiquement.

Notre école, notre université ne produisent plus guère que ces hommes qui, selon Paul Valéry, « savent tout sur rien et rien sur tout ». La destruction de notre culture classique, de notre langue, des savoirs élémentaires et de la logique se fait déjà sentir dans le monde industriel. La France, déjà en manque de médecins, ne formera plus bientôt en nombre suffisant les grands ingénieurs nécessaires à son maintien parmi les grandes puissances industrielles et innovatrices.

Nous l’avons déjà dit et nous y reviendrons, la crise d’Airbus est révélatrice d’une conjonction d’erreurs, politiques, économiques, organisationnelles.

Au train où vont les choses, si un sursaut ne se produit pas, nous serons demain un peuple de gardiens de musée et de parcs d’attractions que visiteront les cadres des peuples industrieux.

Que verra-t-on d’ailleurs dans ces musées si comme cela n’est pas impossible, la France se talibanise, interdisant demain aux enfants des femmes voilées de contempler les sculptures gréco-latines ou les nus de Gauguin et de Rodin ?

Les choses peuvent aller plus vite que certains ne le croient ; regardez donc ce qui se passe en Algérie et au Maroc. Pour l’instant voilà ce que nous vivons :

- Concurrence et menace économique des grands peuples de l’Asie, Inde, Chine et autres

- Tiers-mondisation sociale avec l’immigration continue des peuples d’Afrique peu adaptés aux modes européens de travail, cherchant, on les comprend d’ailleurs, les revenus , l’assistance, la santé, qu’on peut encore leur procurer avec ce qui nous reste de la richesse accumulée par des siècles de travail.

C’est sur le plan religieux que nous avons eu cette année quelques raisons d’espérance avec les conséquences ensuite, à long terme, de reconstitution sociale. Mais ce ne semble pour l’instant que quelques coins de ciel bleu que ferment presque aussitôt les nuages portés par les vents mauvais des idéologies subversives de la démocratie égalitariste, devant lesquelles s’est aplati l’essentiel du corpus de l’Église catholique. La haine d’une grande partie de l’épiscopat contre un peu de liberté pour la liturgie traditionnelle, la plus expressive des mystères divins, est très révélatrice. Chaque jour un peu plus, ils forment un cordon fort peu sanitaire pour limiter et inverser le courant du retour à la liturgie traditionnelle.

Périsse donc, pour eux, l’Église et la France plutôt que leurs principes !

Benoît XVI, la Turquie et l’Europe

La seule bonne nouvelle en ces derniers jours est venue, chose inhabituelle, de Bruxelles où l’arrogance turque sur la question de Chypre a momentanément interrompu le processus d’adhésion d’Ankara à l’union Européenne. Cependant, qu’il l’ait voulu ou non, quoi qu’il ait dit, quoi qu’il ait fait, le voyage de Benoît XVI en Turquie a été puissamment utilisé par le gouvernement de ce pays. C’était un renfort inattendu et inappréciable.

Faute de démenti à la hauteur de l’orchestration de la propagande turco-européiste, on dira désormais inéluctablement, pour le moins, aux adversaires de l’adhésion de la Turquie que même le pape n’y est pas hostile.

De même à ceux qui s’efforcent de limiter les autorisations de construire des mosquées, invoquant le fait qu’elles ne sont pas seulement des édifices religieux mais des citadelles du totalitarisme islamique, on opposera, encore plus inéluctablement, la présence souriante du pape dans la Mosquée bleue de Constantinople.

On nous objectera que cela entraînera peut-être un peu de réciprocité, un peu de liberté pour les chrétiens de Turquie. Peut-être, mais il n’y a plus de chrétiens en Turquie sinon un petit nombre dérisoire, même pas le centième de ce qu’il était avant les génocides définitifs du XXe siècle.

Je suis donc prêt à parier que dans les cinq années qui viennent on ne verra pas surgir de clochers en terre ottomane tandis qu’en Europe, pour le moins, fleuriront cinq cent mosquées nouvelles. Dans ces mosquées, sauf révolution dans l’islam et miraculeuse conversion au Dieu chrétien, on continuera bien sûr à enseigner qu’il n’y a de dieu que Dieu, que Mahomet est son prophète et que quiconque lui associe d’autres dieux (comme les chrétiens avec leur Sainte Trinité) commet le seul péché qu’Allah ne pardonne pas, et qui vaut l’enfer éternel. Bien sûr on peut, selon les principes de la dhimmitude, tolérer les chrétiens en ce monde, quoi qu’il en soit l’enfer les attend comme l’affirment tous les écrits de doctrine musulmane, même les plus modérés.

« Scandale pour les Juifs et pour les Grecs » selon Saint Paul, le petit enfant de la crèche, mort ignominieusement sur une croix, l’est encore plus pour les musulmans. Croire en sa divinité est un blasphème, une offense à l’unicité de Dieu, à son inaccessibilité, à son incommunicabilité.

Nul ne peut bien sûr douter de la foi et des intentions du Saint-Père. Nul doute qu’il n’ait intérieurement murmuré une prière pour la conversion de la religion de La Mecque à celle de Notre Seigneur Jésus-Christ. Le contraire serait à désespérer.

Mais dans leur diplomatie, leurs propos, leurs actes, les papes ne sont pas infaillibles. Ils ne le sont que dans la proclamation des vérités, des dogmes, avec la solennité requise.

Avec respect, mais dans la liberté des enfants de Dieu, nous pouvons exprimer nos adhésions enthousiastes ou nos incompréhensions en certaines circonstances.

Nous étions admiratifs après la superbe conférence de Ratisbonne, nous sommes interrogatifs après Istamboul.

Nous ne changerons ni de patrie, ni d’Église

Cela ne doit pas nous décourager. Certes le christianisme n’oppose jamais la foi et la raison. Mais bien au-dessus de la raison, sans pour autant la bannir ou la contredire, est le mystère, le mystère de Dieu, le mystère de la Création tirée du Verbe, mais aussi le mystère du cheminement de l’Église dans l’Histoire avec tous ses avatars humains, les fautes de certains dans les époques triomphantes, les grandeurs de ses martyrs dans les persécutions.

On peut certes se poser la question de savoir vers quel monde nous allons, se dire que notre patrie est périssable, que notre France n’est pas éternelle et qu’en tant qu’institution humaine, l’Église peut s’anémier, combattue de l’extérieur, minée de l’intérieur.

Mais nous n’avons pas le choix, nous ne changerons ni de patrie, ni d’Église et au fond de nous même, nous avons l’espérance dans l’âme et de la rage au cœur.

Nous ne nous résolvons pas à l’engloutissement de la plus belle civilisation, de la plus belle patrie qui ait jamais fleuri en ce monde.

Continuons donc le combat de la foi, de l’intelligence et du courage. Nous avons pour cela deux raisons immuables, éternelles, invincibles, d’espérance : la Crèche de Noël et la Croix du Vendredi Saint. In hoc signo vinces.

À vous tous amis de Reconquête je dis mes vœux de Noël, dans la joie pour la plupart, dans le courage et l’espérance pour ceux qui sont dans l’épreuve. Et les mêmes souhaits encore pour l’année qui vient.

Paris, le 04/12/2006

   Bernard Antony