Parce qu’il était ministre, et parce qu’il était un Gémayel
Une dizaine de balles dans la tête. Mon ami Pierre Gémayel, ministre de l’industrie et député du Metn au Liban, a été assassiné à 34 ans le 21 octobre dernier dans son fief, la banlieue nord de Beyrouth. Il venait de quitter l’Église Sainte-Rita au volant de sa voiture banalisée lorsqu’un véhicule tout-terrain lui a barré la route, trois de ses occupants en sont sortis lourdement armés, l’un d’eux s’approcha de la portière de Pierre et lui tira dessus à bout portant à l’aide d’un pistolet-mitrailleur muni d’un silencieux. Son garde du corps se trouvant à ses côtés et touché à la tête par d’autres tirs, n’a pas eu le temps de réagir.
Pierre avait le même âge que son oncle Béchir lorsqu’il fut assassiné après son élection à la Présidence de la République, 34 ans. Comme lui, il avait deux enfants en bas âge, il n’y a que le procédé qui diffère, l’attentat aveugle pour Béchir et l’assassinat de type mafieux pour Pierre. Le hasard n’y est pour rien dans ces affaires, car au Liban, il y a un message derrière chaque acte, et pour ce dernier assassinat il est clair et s’adresse aux jeunes chefs chrétiens : « On peut vous éliminer quand on veut, où on veut et comme on veut ».
Le but de la Syrie
Pierre Gémayel a été tué parce qu’il était ministre et aussi et surtout parce qu’il était un Gémayel. En effet, lorsque la Syrie a quitté malgré elle le Liban en 2005, Bachar El-Assad avait prévenu : « Sans nous ce sera le chaos et l’insécurité », avant de conclure : « vous ne voulez pas de nous, eh bien vous serez un deuxième Irak ». Et c’est depuis le départ des troupes syriennes que les assassinats de personnalités strictement chrétiennes ont commencé (hommes et femmes politiques, journalistes…) Le but de la Syrie étant de revenir en force au Liban via sa 5e colonne, il lui faut faire chuter le gouvernement en place et pour cela il faut éliminer le tiers de ses membres. Les ministres pro-syriens ayant démissionné, il fallait trois ministres de moins pour arriver au but, sachant que les ministres ne sont pas remplaçables et le gouvernement non plus sans l’aval du Président de la République élu illégalement sous la tutelle syrienne et dont le mandat expire l’année prochaine.
Mais pourquoi Pierre Gémayel et pas un autre ? Parce que la famille Gémayel est un symbole très puissant et très respecté dans le Liban chrétien. Pierre représentait, avec son frère Samy et son cousin Nadim, la relève, et c’est cette relève, cette jeunesse prometteuse que l’on a voulu abattre.
En première ligne
La famille Gémayel compte désormais cinq de ses membres tombés pour le Liban. Au début de la guerre civile libanaise, c’est le neveu et le cousin d’Amine et de Béchir, qui meurent au combat. Puis ce fut Maya, la fille de Béchir, assassinée à l’âge de 20 mois dans un attentat en 1980. Puis Béchir en 1982 et maintenant Pierre. À cela il convient d’ajouter la trentaine d’attentats dirigés sans succès, malgré les blessures parfois graves, contre le grand-père Pierre, fondateur des Phalanges Libanaises, Amine et Béchir de 1975 à 1981.
Pierre Gémayel se savait menacé et roulait en voiture banalisée pour éviter les bombes télécommandées posées sur le passage des convois ministériels. Mais c’était un Gémayel et un Gémayel ne fuit pas ses responsabilités et reste proche des gens, des militants, du peuple. Chez les Gémayel on ne porte pas de gilet pare-balle, on ne roule pas en voiture blindée et on ne s’entoure pas de vingt gardes du corps. Tout cela peut paraître imprudent, mais c’est pour cela aussi qu’ils sont populaires, parce que lorsqu’ils appellent au combat pour la patrie, ils sont en première ligne et tombent les premiers.
Pierre était de la race des seigneurs, ceux qui n’ont pas peur de mourir pour une cause, ceux qui ne désespèrent jamais et que rien ne peut empêcher de continuer le combat, les Gémayel.
Que Dieu les protège.
Richard Haddad
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